n°1213 octobre 2009
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Actualité Economie Une progression trompeuse
Constatée par la Drees, confirmée et précisée par la dernière enquête économique de la FSPF, l’érosion du chiffre d’affaires des officines se poursuit. Philippe Besset, président de la commission Économie de la Fédération, nous livre les détails d’une année 2008 plus sombre qu’il n’y paraît. 
Publiée début septembre, la dernière enquête de la Drees sur les comptes de la Nation s’attarde sur les revenus des pharmaciens. En pleine préparation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, cela vous inquiète-t-il ?
Au contraire, et j’ajoute que cette enquête n’est pas une révélation pour nous, puisque nous avons apporté notre concours à la Drees, avec entre autres l’Insee et le Conseil de l’Ordre. Ces enquêtes portent toujours sur des périodes de cinq ans, et celle-ci se concentre sur les années 2002 à 2006. Or, la Drees révèle un renversement de tendance par rapport à la période précédente. Pour la première fois, un organisme public constate une diminution des revenus des pharmaciens – moins 2,8 % sur la période étudiée –, avec une tendance qui s’accélère les dernières années. Les experts de la Drees ont également reconnu que des mesures « correctives » avaient été prises par la suite par les pouvoirs publics, et que ces mesures allaient produire leurs effets avec une baisse continue et marquée des revenus des officinaux. Ces derniers ont encaissé une chute de leur rémunération de 200 millions d’euros depuis 2005, la maîtrise médicalisée ayant par ailleurs fait baisser de 280 millions le nombre d’unités vendues depuis la même année !

Justement, votre nouvelle enquête économique se concentre sur une période beaucoup plus récente – l’année 2008 – avec pour la première fois une analyse de la tendance trimestre par trimestre. Qu’y constatez-vous?
Nous nous attachons de plus en plus à enquêter en termes de comptabilité analytique, à la demande pressante de nos présidents départementaux et de nos élus, qui souhaitent que l’analyse bilantielle soit aussi performante que les données produites par Pharmastat en termes de ventes et de structures de chiffres d’affaires. « Avec notre enquête, nous voyons très clairement s’opérer la dégradation de notre économie. »  Notre nouvelle enquête économique porte sur plus de mille comptes de résultats de pharmacies – ce qui est considérable – et il se trouve que les confrères de notre échantillon clôturent leur bilan à part égale tous les trois mois. Il faut bien comprendre qu’une pharmacie qui clôture son bilan en mars 2008 transcrit dans son activité une grosse part de l’année 2007 ; a contrario, une officine qui clôture son bilan fin 2008 contient dans son bilan toute l’activité de l’année 2008. Avec notre enquête, nous voyons ainsi très clairement s’opérer la dégradation de notre économie au fil des trimestres. L’évolution de notre chiffre d’affaire en 2008 est positive, mais cette évolution est trompeuse : elle dissimule un glissement de plus en plus rapide de notre économie au fur et à mesure qu’on se rapproche du terme de l’année. Conformément à ce que nous savons des ventes grâce à Pharmastat, on voit bien sur cette enquête l’activité qui décroît, l’EBE qui diminue sur la période, de même que le revenu courant avant impôt.

Une convergence d’indicateurs en baisse, soit. Mais que doit-on en penser ?
Pour les confrères qui sont confrontés au quotidien aux difficultés économiques et aux rapports tendus avec leur banque, cette enquête révèle qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne sont pas forcément de mauvais gestionnaires, mais qu’ils sont victimes d’un phénomène qui touche beaucoup de monde. Nos chiffres, qui viennent après le rapport de la Drees, apportent aux pouvoirs publics la preuve que les officines ont payé leur tribut à la dégradation des comptes sociaux, et qu’il est temps de penser à d’autres solutions.

Comment voyez-vous les mois à venir ?
Je suis plutôt pessimiste. Je pense que notre activité va continuer de décroître sur l’année 2009, et qu’il va falloir repenser une partie de notre activité pour tenter de trouver de nouveaux secteurs porteurs, en explorant notamment tout ce que l’on peut faire dans le service aux patients, au-delà de la vente de produits manufacturés.

Que fera la FSPF pour favoriser l’émergence de ces nouveaux marchés ?
Il va falloir concrètement essayer de formaliser ce que peuvent être ces nouvelles prestations pharmaceutiques, essayer de les valoriser et enfin trouver des acheteurs. C’est là l’affaire de toute la profession et nous devons parvenir à travailler ensemble dans cette perspective, chacun apportant sa contribution et ses idées à cette entreprise commune. Pour notre part, nous y travaillons activement !

Propos recueillis par Laurent Gainza  
Photo Miguel Medina

Loin des 111000 euros décrits par le rapport de la Drees – il est vrai sur les revenus 2006 –, le revenu net moyen du titulaire s’établit, selon l’enquête de la FSPF, à 91000 euros. Une somme qui sert notamment à rembourser le capital emprunté, à couvrir les dépenses d’investissement dans l’officine et à payer les impôts.   

ImageImageImageImage
Les trimestres parlent
C’est une première : plutôt que de proposer une photographie des résultats économiques globaux de l’année étudiée, le service économique de la Fédération a cette fois voulu saisir cette réalité en termes dynamiques. Pour ce faire, l’enquête a découpé l’année en quatre trimestres, attendu que les 1 017 officines qui ont répondu au questionnaire se répartissaient de manière relativement homogène en fonction de leur date de clôture de bilans. Près d’un quart d’entre elles ont clôturé dans le courant du premier trimestre, un autre quart dans le courant du deuxième trimestre, etc. Au final, l’enquête exprime clairement la tendance qui s’est dessinée tout au long de l’année. Dès lors, l’augmentation de CA de 3,1 % sur l’année, pour modérée qu’elle soit, demande à être regardée de plus près. D’ailleurs, les grandes masses détaillées sur le tableau 1 sont relativement peu éclairantes : une marge en légère augmentation, compensée par une augmentation similaire des charges de l’officine, et au final un résultat net anémique…
Fin d’année dans le rouge
L’évolution des grands indicateurs sur l’année est plus parlante, et surtout plus préoccupante. Ainsi l’évolution du chiffre d’affaires des officines (graphique 2), dont nous avons dit qu’il s’établissait en moyenne annuelle à + 3,1%, accuse-t-il une baisse constante entre le premier et le quatrième trimestre, pour échouer en fin d’année 2008 à + 1,1 % seulement. L’évolution de la marge, sans suivre une tendance aussi baissière, n’est pas pour autant étale (graphique 3) : les pharmaciens ayant clôturé leur bilan sur le quatrième trimestre ont signalé dans leur bilan une hausse de 2,3% seulement, contre 3% en moyenne annuelle. Enfin, l’excédent brut d’exploitation (graphique 4), qui stagne à 0,8 % en moyenne annuelle, marque un plongeon vertigineux selon que les bilans ont été arrêtés sur le premier trimestre ou sur le quatrième. Déclaré à 1,8 % en début d’année, il s’effondre à – 3,1 % au dernier trimestre. Autant de tendances qui, dans leur symétrie, augurent mal, très mal, d’une reprise en 2009.
 
Image
1. Chiffres d’affaires
Plus d’un tiers des officines se situent en dessous du seuil de 1 million d’euros de chiffre d’affaires ; un autre tiers évolue entre 1 et 1,6 million de CA ; un dernier tiers enfin se répartit – de manière beaucoup plus dispersée – sur des CA supérieurs à 1,6 million d’euros. Notons que 7 % des officines dépassent les 2,6 millions, ce qui les oblige à inclure trois diplômes de pharmaciens dans leurs effectifs.

Image
2. Stagnations, évolutions
Une petite moitié (48 %) des officines a bénéficié en 2008 d’une évolution modérée – moins de 6% – de leur chiffre d’affaires : elles étaient 52% dans ce cas en 2007. Près d’un quart (24 %) profitait en 2008 d’une évolution supérieure à 6 %, contre 16 % dans la dernière enquête.

Image
3. Les grands postes de charges
Grande stabilité sur la répartition des principaux postes de charges de l’officine : les salaires et les charges afférentes absorbent à eux seuls 58 % du CA de l’officine, avec une évolution de 2,7 %. Cette augmentation absorbe en grande partie celle du chiffre d’affaires (+ 3,1 %).

Image
4. Zones porteuses
Comme toujours, les pharmacies situées dans des centres commerciaux affichent un CA nettement supérieur à la moyenne. Les pharmacies de centre-ville et de centre-bourg tirent, elles aussi, leur épingle du jeu. Léger recul en revanche des officines proches des supérettes, qui talonnaient précédemment celles de centres commerciaux.