n°1213 octobre 2009
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Actualité Enquête La France s'en lave les mains
En quelques semaines, les gels hydroalcooliques sont devenus une denrée rare que tout le monde s’arrache. Pourquoi les stocks ne suivent-ils pas ? 
Il n’a fallu que quelques semaines pour transformer un marché de niche en phénomène national. Seulement convoités par les maniaques de l’hygiène il y a quelques semaines, les gels hydroalcooliques sont devenus incontournables dès la mi-août et très rapidement introuvables. « À la même époque l’année dernière, il s’est vendu entre 7 et 10 millions d’unités ; cette année, on est à plus de 50 millions. Même les fabricants de flacon plastique sont en rupture », constate Éric Placet, PDG du producteur Sodia. "Même les fabricants de flacons plastique sont en rupture !"
Eric Placet, PDG de Sodia
« Le marché en pharmacie est partagé entre la vente en direct et la vente chez les grossistes, il y a aujourd'hui deux ou trois fabricants, mais beaucoup plus de distributeurs », témoigne Pierre Kreit, président du Syndicat de la Marne. De nombreux fabricants de dernière minute ont également envahi le marché. « On reçoit des fax à longueur de journée et sur Internet, ça pullule », témoigne Thierry Desruelles, pharmacien dans les Bouches-du- Rhône. « N’importe quel laboratoire cosmétique peut produire ce genre de solutés. Soit la commercialisation se fait sans les labels “Efficace sur les virus, les bactéries, etc.”, ou bien avec, mais les tests prennent alors un bon mois », commente Éric Placet. Certains préfèrent donc s’en passer et commercialiser des produits non labellisés « virucides ».

Pas de dérapages !


Les prix s’en ressentent : en fonction du circuit d’approvisionnement, les conditions commerciales ne sont pas du tout les mêmes, contrairement au coefficient multiplicateur : environ 1,80 sur le PFHT dans les pharmacies interrogées. Même si les clients ne sont pour l’instant pas attentifs au prix d’un produit qu’ils connaissaient peu, pas question de spéculer sur l’épidémie, les pharmaciens sont surveillés : « Il y a des contrôles de la DGCCRF1, un par semaine de début septembre à fin octobre, sur les normes des produits proposés à la vente, les prix et conditions d'achats. Un topo est adressé par chaque service aux ministères des Finances et de la Santé chaque lundi », prévient Philippe Pignard, titulaire à Saint-Sébastiensur- Loire. Remises, colisages, prix, obligations de référencement de gamme pour le labo, délais d'approvisionnement… tout est passé au peigne fin. Mais une fois que l’épidémie aura reflué, qu’adviendra-t-il de ce marché? Éric Placet tente une prévision : « L’année prochaine, les ventes devraient se maintenir entre un tiers et la moitié des unités vendues en 2009. Et il devrait se pérenniser car les gens prendront l’habitude d’utiliser ces gels, efficaces également contre d’autres maladies comme la gastro-entérite. » Pensez donc à faire vos stocks !  

Laurent Simon
Photo Miguel Medina 

1. Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes
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3 QUESTIONS A…  
Hugues Lecat, directeur général de la Cooper, leader du marché français
des gels hydroalcooliques.


L’explosion de la demande au moment de la rentrée n’était-elle pas prévisible ?
Quand en mai-juin dernier, la grippe A a explosé au Mexique, la consommation de gels hydroalcooliques a déjà été multipliée par quatre en France. Nous avions tablé sur une augmentation similaire en septembre. En fait, la demande est repartie dès la fin août et a rapidement été deux à trois fois supérieure à ce que nous avions prévu.

Les ventes ont donc excédé vos estimations les plus optimistes…
En tout, les achats de solutés hydroalcooliques ont été multipliés par 10 à 12 ! Malgré les stocks et l’augmentation de la production, nous avons eu des ruptures. Nous avons fait le choix de privilégier le réseau officinal par rapport à la grande distribution ou aux entreprises, même si nous avons eu beaucoup de demandes de leur part.

Quels sont les délais de production de ces produits ?
Entre le moment où nous passons commande et celui où nous pouvons mettre les produits à disposition, il se passe un mois ou deux. Tout sera donc rentré dans l’ordre début novembre. La grande distribution dispose parfois de gels qu’elle importe d’on ne sait trop où et qui n’ont pas bénéficié de tous les tests que nous réalisons.

Photo D.R.