n°1203 septembre 2008
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Actualité Economie « Nos revenus baissent »
Baisse du pouvoir d’achat du pharmacien, paupérisation des petites officines… Philippe Besset, président de la commission Economie de la FSPF, bat en brèche les arguments de la Cour des comptes.
Avez-vous été surpris par le rapport de la Cour des comptes ?
Nous n’avons pas été auditionnés par la Cour, mais simplement consultés. On est venu nous voir, on nous a demandé des chiffres, dont on s’est ensuite servi à plus ou moins bon escient. Comme il advient en pareil cas, la Cour nous a ensuite communiqué les parties du rapport où nos chiffres figuraient, ainsi que les grands titres du reste du rapport. A partir de ces éléments, nous avions évidemment une idée assez claire de l’orientation générale du texte, et nous savions qu’il s’agissait d’un rapport à charge. Il nous a semblé que ce document partait d’un postulat qui était : « Il faut réduire le réseau des officines, les pharmaciens gagnent trop, débrouillez-vous pour le prouver ».

En avez-vous parlé avec Roselyne Bachelot ?

Dès la fin du mois d’août, nous avons fait part à la ministre de l’agacement qu’avait suscité la lecture de l’extrait du projet de rapport, notamment en ce qu’il entretenait une confusion entre le montant des remboursements de médicaments par l’Assurance maladie, le chiffre d’affaires des officines, les revenus de l’officine et les revenus du titulaire. Les textes régissant la marge sur les médicaments remboursables ont aujourd’hui dix ans et la structure du chiffre d’affaires des médicaments remboursables a beaucoup changé en raison de la sortie de médicaments de la réserve hospitalière, de l’introduction des grands conditionnements, de la mise en place des franchises, etc. On constate une indéniable détérioration du revenu avant impôts des pharmaciens et nous avons indiqué à Madame Bachelot qu’aucune enquête n’avait été menée sur la question depuis 2004. Nous avons fermement demandé que cette dégradation de la marge soit enfin prise en compte et que les pouvoirs publics prennent acte des efforts faits par la profession. La ministre nous a alors indiqué qu’une nouvelle étude relative aux revenus des pharmaciens serait demandée à la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).

Revenons à la Cour des comptes. Selon elle, le réseau compterait plus de 5000officines en trop. Un commentaire ?

Le rôle de la Cour est de juger l’action de l’Etat. Or les pouvoirs publics ont pris l’initiative de réviser en fin d’année dernière les règles de répartition démogéographique des officines. La Cour a donc eu l’idée de se baser sur ces nouvelles règles du jeu pour imaginer le réseau tel qu’il aurait été si la loi était entrée en vigueur depuis longtemps. Alors, bien sûr, si l’Etat avait été plus prudent, si cette loi avait été mise en oeuvre plus tôt, si les services de l’Etat avaient été plus scrupuleux dans l’application des lois antérieures, on n’aurait peut-être pas des problèmes de saturation du réseau à certains endroits. L’augmentation du nombre des officines est aussi due, il ne faut pas l’oublier, à des événements totalement extérieurs à la profession. Les centres-villes des grandes agglomérations se dépeuplent, créant mécaniquement un phénomène de surdensité officinale : la nouvelle loi de répartition est conçue pour régler, peu à peu, ce phénomène. Par ailleurs, les créations par voie dérogatoire, demandées en leur temps par des maires, par des députés et parfois même appuyées par des ministres, ont aussi beaucoup pesé dans la balance. Si la Cour propose aujourd’hui de fermer ces officines, je pense que ça créera pas mal de remous. Il est facile de dire « on doit fermer 5 000 officines », mais qu’on ait le courage de nous dire par lesquelles il convient de commencer !

Celles que semble viser la Cour, ce sont clairement les plus petites officines...
Le rapport évoque effectivement le cas des pharmaciens dont le revenu annuel se situe en dessous de 48 000 euros. Déduction : il suffit de baisser les revenus de ceux-là pour les faire fermer et engager la restructuration du réseau. Il s’agit ni plus ni moins d’une restructuration le revolver sur la tempe ! De plus, les premières pharmacies touchées par une baisse d’une telle ampleur ne seraient pas celles que vise la Cour des comptes, mais bien les officines dont le titulaire est en train de racheter le capital.

Ce rapport arrive au moment même où vous tentez de négocier un dispositif de rémunération plus adapté. Cela ne fragilise pas votre démarche ?

Nulle part dans ce rapport il n’est fait mention – malgré le commentaire écrit que nous avions adressé à la Cour – de la baisse régulière de revenus que nous subissons depuis sept ans. Nous sommes les seuls professionnels de santé à connaître une telle baisse, et je m’étonne que les magistrats n’aient pas jugé bon de mentionner ce point. Existe-t-il, selon vous, d’autres solutions pour régler les cas d’officines en surnombre dans certaines zones ? Je veux d’abord rétablir la vérité. Je vous l’ai dit: l’Etat est seul responsable de la situation actuelle. La profession a toujours protesté contre les déviations ou les contournements des lois existantes. Jamais aucune création par voie dérogatoire n’a été faite avec avis conforme des syndicats départementaux et de l’Ordre. Les pouvoirs publics veulent maintenant revenir en arrière… Pourquoi pas ? Nous ne sommes pas opposés à nous mettre autour d’une table pour évoquer la question et analyser certains cas lorsque c’est justifié. Nous ne sommes pas qu’une force d’opposition et nos interlocuteurs le savent. Mais si l’Etat estime nécessaire de tailler dans le vif, c’est alors un véritable plan social qu’il devra mettre en place, en laissant la possibilité aux titulaires qui le souhaitent de fermer leur activité et en définissant les conditions précises de cette interruption. Ce qui ne sera en revanche pas admissible, c’est l’asphyxie économique prônée par la Cour des comptes !

Propos recueillis par Laurent Gainza
Photo Miguel Medina
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Philippe Besset, en charge des Affaires économiques à la FSPF