n°1203 septembre 2008
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Actualité Edito Du grand n'importe quoi
Cette rentrée est décidément affligeante. Après avoir passé les douze derniers mois à nous battre contre des rapports résolument hostiles à notre profession, grossièrement orientés, pathétiquement sous-documentés, nous pensions en avoir fini. Après nous être battus pour expliquer aux élites néolibérales de ce pays que le réseau officinal n'était pas un ramassis de rentiers agrippés à leurs privilèges, mais une profession hautement qualifiée, strictement encadrée, au service constant de la population, voilà que tombe le coup de grâce. Dans son rapport annuel sur l'application des lois de financement de la Sécurité sociale, la Cour des comptes dénonce un réseau officinal en surcharge pondérale (plus de 5 000 officines seraient en trop), et propose une médication des plus radicales : diminuer les revenus de toute la profession pour forcer les plus petits aux regroupements, si ce n'est à une mort pure et simple. On voudrait écoeurer les pharmaciens qu’on ne s’y prendrait pas autrement Une solution indécente, reposant sur une analyse erronée de la situation. Nos 23 000 officines, qui emploient près de 150 000 personnes, constituent l’un des rares réseaux structurés d'offre de soins de proximité à même de relever le lourd défi du vieillissement de la population. Qui peut en dire autant ? Si nous ne contestons pas qu'il existe des zones de surdensité officinale dans certaines grandes villes, nous dénonçons fermement l'amalgame qui conduit à proposer de résoudre le problème en asphyxiant économiquement la profession. Au contraire, ce type de mesure conduirait prioritairement à une déstructuration du réseau dans les zones les moins attractives, que ce soit en milieu rural ou dans les quartiers urbains sensibles. Les magistrats de la rue Cambon s'en prennent également au coût des incitations offertes aux pharmaciens en échange de leur engagement dans la substitution générique, et préconisent une réduction de ces incitations. Force est de constater qu'ils ont été promptement exaucés, puisque le Comité économique des produits de santé, quelques jours après la publication du rapport de la Cour des comptes, a décidé de durcir drastiquement ces conditions, sans hésiter à contrarier la lettre et l'esprit des accords génériques passés avec l'Assurance maladie. On voudrait écoeurer les pharmaciens qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Enfin, inspiré sans doute par le même rapport, voilà que le ministère de la Santé envisage, non seulement de réintégrer (encore !) le médicament dans le forfait de soin des maisons de retraite, mais aussi d'imposer au réseau de nouvelles ponctions financières. Comme si nous en avions les moyens ! Cette accumulation d'attaques et ce mépris des conventions sont scandaleux, et nous ne comptons pas y céder sans nous battre. S'il nous faut lutter tout à la fois contre le grignotage de nos fondamentaux (capital, monopole, répartition) et contre la paupérisation de nos officines, qu'à cela ne tienne ! Nous y sommes prêts.

Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina
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