n°1203 septembre 2008
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Santé Nucléaire Un risque à géométrie variable
Depuis début juillet, la centrale de Tricastin a été par trois fois le théâtre d'incidents radioactifs. De quoi remettre sur le devant de la scène la question de la prise en charge sanitaire de la population environnante.
Le risque aurait-il été pris à la légère ? Le 8 juillet dernier, le premier incident survenu à la centrale nucléaire de Tricastin – sans conteste le plus important de la série (voir encadré) – a suscité diverses mesures préfectorales « justifiées, bien que tardives », souligne Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad). Fin juillet, plus de cent personnes travaillant pour EDF ont été exposées à des substances radioactives. « Cet épisode n'a pas été traité comme un accident du travail. Or certains de ces employés déclareront un jour une maladie grave, et rien ne figurera dans leur dossier médical… » Le troisième incident, début septembre, s’est produit pendant un arrêt de tranche. « Il s'agit d'un incident très rare, aux faibles conséquences en termes de personnel et d'environnement », analyse-t-il. Largement médiatisés, ces épisodes n'ont pourtant pas suscité de réaction particulière dans la population locale. Une plus grande demande d'informations, tout au plus. Titulaire à Bollène (Vaucluse), Denis Rémia dédramatise, un rien fataliste : «Les ''gens du cru'' sont habitués à ce type d'incident. Seuls les touristes se sont alarmés, peut-être… » Pour répondre à d'éventuelles questions en matière de radioprotection, encore faut-il savoir de quoi on parle. « En tant que pharmaciens, nous avons un rôle de relais : il ne faut pas dire de bêtise ni affoler. D'où la démarche du Commissariat à l'énergie atomique d'organiser fin octobre des séances d'information destinées aux pharmaciens », indique Annie Palon, présidente du Syndicat du Vaucluse.

Délivrance aléatoire d'iode

A titre préventif, dans l'optique d'un accident nucléaire (1), l'Etat a organisé trois campagnes de distribution d'iode stable aux populations résidant dans les zones PPI (2), en 2000, 2002 et 2005. Mais pourquoi ne pas avoir étendu cette initiative à l'ensemble du territoire ? « A l'origine, en 1996, cette décision relevait de la volonté d'Hervé Gaymard – alors ministre de la Santé – d'accomplir un geste, dix ans après la catastrophe de Tchernobyl », rappelle Roland Desbordes. L'initiative aurait dû in fine couvrir toute la France. « Cela n'a été qu'un effet d'annonce : en dehors des zones concernées, les pharmacies n'ont pas de comprimés d'iode stable en stock ou réclament une ordonnance pour en délivrer. J'ai fait l'expérience à Romans : mon pharmacien m'a répondu qu'il fallait qu'il s'approvisionne auprès de son grossiste… » Gênant en cas d'accident nucléaire, surtout dans une vallée du Rhône coutumière du mistral. Etonnant aussi qu'en France, le seuil de dangerosité d'iode dans la thyroïde soit fixé à 100 millisieverts pour l'ensemble de la population. « On ne prend pas en compte la plus grande vulnérabilité des enfants, des femmes enceintes ou allaitantes », s'insurge Roland Desbordes. Vingt-deux ans après, les leçons de Tchernobyl sont loin d'être tirées.

Fanny Rey
Photo DR

(1) de niveau supérieur ou égal à 4 sur l'Echelle internationale des événements nucléaires
(2) situées dans un rayon de 10 km autour  Les trois incidents survenus à Tricastin ont été classés au niveau 1 sur une échelle de 7, ce qui correspond à une « anomalie ».  
Les leçons de Tchernobyl sont loin d'être tirées 
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Tricastin, la série noire
■ 8 juillet. Une fuite de 6,25 m3 de produits radioactifs est constatée à l'usine Socatri, entraînant un rejet de 75 kg d'uranium dans les eaux de surface.
■ 23 juillet. Lors d'une opération de maintenance sur un réacteur du site nucléaire, des substances radioactives s'échappent, contaminant une centaine de salariés.
■ 8 septembre. Un incident a lieu dans la matinée pendant un arrêt de tranche à la centrale nucléaire.