n°1203
septembre 2008
Santé
Prévention
Le dopage vous concerne aussi
Six athlètes ont été exclus pour dopage des jeux olympiques de Pékin. Quatre fois moins qu’aux JO d’Athènes en 2004. Mais la lutte contre le dopage ne s’arrête pas aux grandes compétitions, et la plus grande vigilance est de mise à l’officine.
Une maman arrive un matin à l’officine. Elle explique que son enfant est fatigué, qu’il a une compétition sportive le lendemain. Peut-on lui vendre « quelque chose pour le remettre en forme ? », demande-t-elle. Pour Patrick Magaloff, directeur de la mission médicale du Comité national olympique et sportif Français, la banalisation du dopage naît de situations comme cellesci. « On habitue les parents à donner quelque chose à l’enfant, dans le but de lui redonner la forme. Même si c’est différent du dopage pur et dur, on est dans la même démarche intellectuelle. C’est pourquoi il est essentiel que le pharmacien adopte, dans ces cas qui peuvent paraître banals et sans conséquence, une conduite de prévention. » Autrement dit qu’il instaure un dialogue, qu’il pose des questions. Et dans ce cas précis : « La maman a-t-elle vu l’entraîneur ? Est-ce que son enfant dort bien la nuit ? Peutêtre est-il nécessaire d’améliorer son hygiène de vie ? Etc. ».
Pourvoyeur potentiel
Pharmacien d’officine pendant vingtdeux ans et dirigeant sportif en parallèle de son activité professionnelle, Patrick Magaloff s’intéresse depuis longtemps à la prévention contre le dopage. « J’ai toujours été convaincu que, parmi les vecteurs de messages de prévention contre le dopage et les conduites dopantes, le pharmacien d’officine est un maillon important. Son rôle fondamental est aujourd’hui établi, la lutte antidopage étant désormais inscrite dans une démarche de protection sanitaire des sportifs », souligne-t-il. Aujourd’hui, au sein du Comité olympique français, il est notamment chargé de mettre en place et coordonner des actions de prévention et de lutte contre le dopage. « En partenariat avec le ministère des Sports et l’Utip, nous avons élaboré, en 2003, tout un programme de sensibilisation, d’information et de formation à la problématique du dopage ». Un programme inédit, dont l’objectif était notamment de rappeler la responsabilité du pharmacien. « En tant que dispensateur du médicament, celuici est en effet un pourvoyeur potentiel de produits dopants, ce qui rend son activité non anodine dans le cadre de la loi relative à la protection de la santé du sportif et à la lutte contre le dopage (1) », rappelle-t-il. D’où la nécessaire vigilance qui s’impose au comptoir, aussi bien face aux conduites dopantes (comme pour notre exemple de la mère et de son enfant) qu’au dopage proprement dit. « Concernant les athlètes, pour chaque délivrance d’ordonnance, le pharmacien doit s’enquérir du fait que son client est un sportif de haut niveau, comme il le fait pour la femme enceinte, le diabétique, etc. », recommande notre spécialiste.
Vigilance maximale
En parallèle, la liste des produits dopants(2) (modifiée chaque 1er janvier) doit être connue – et facilement accessible – par le pharmacien et son équipe. Pour mieux éviter les erreurs : « Délivrer par exemple de la coramine glucose, qui est un produit stimulant, à un athlète expose ce dernier à un contrôle antidopage positif. C’est ce qui est arrivé à Laura Flessel, épéiste et championne olympique, à qui un pharmacien avaitproduit », rapporte Patrick Magaloff. Mais aussi pour dépister les procédures douteuses (certaines molécules sorties de la réserve hospitalière devant notamment faire l’objet de toutes les attentions). « Certaines situations doivent alerter, signale le professeur Michel Rieu, conseiller scientifique au sein de l’Agence française de lutte contre le dopage : par exemple, quand une même personne se fait délivrer de l’EPO (une molécule majeure comme produit dopant) à plusieurs reprises ou quand la délivrance du produit ne correspond pas à l’état de santé de l’individu ». De manière générale, le conseil étant un élément important de son exercice professionnel, le pharmacien se doit d’être un interlocuteur privilégié pour toute information sur le bon usage du médicament dans le cadre de la pratique sportive. « Il doit être capable de répondre aux diverses questions que peuvent lui poser les sportifs. Il doit savoir que, parmi les substances interdites, certaines le sont en compétition (stimulants, glucocorticoïdes, etc.), d’autres en permanence à la fois pendant et en dehors des compétitions (hormones, bêta-2 agonistes, diurétiques, etc.) », commente Michel Rieu. « Il doit aussi connaître l’existence de l’autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) qui concerne l’utilisation de substances normalement interdites avant de participer à des compétitions ». L’AUT, dont la demande doit être envoyée à l’Agence de lutte contre le dopage, est notamment prévue pour les corticoïdes administrés par voie non systémique (autre que topique, qui ne nécessite aucune AUT à l’exception des sprays nasaux), ainsi que pour les bêta- 2-agonistes par voie inhalée. « Il est important que le pharmacien d’officine se responsabilise à la problématique du dopage. Aujourd’hui, on attend beaucoup de lui et de son équipe, en premier lieu parce que veiller à la protection de la santé des sportifs s’inscrit dans le cadre de sa mission de prévention et de santé publique », conclut Patrick Magaloff.
Claire Grevot
Photo Miguel Medina
(1) Loi du 23 mars 1999, codifiée dans le livre 6 de la troisième partie du Code de la santé publique.
(2) Liste des produits dopants et plus d’infos sur :
www.santesport.gouv.fr, www.afld.fr, www.franceolympique.com (site du Comité national olympique et sportif français, outils pédagogiques pour les sportifs, mallette “Le sport pour la santé”, etc.).

Le dopage en chiffres
• Sur les 8552 contrôles effectués en France en 2006 (la moitié de manière ciblée et inopinée), 3,70 % ont été positifs.
• On estime que le dopage « lourd » concerne de 4 à 5 % des athlètes de haut niveau.
• La dose dopante pour l’EPO est 5 à 10 fois la dose thérapeutique.
Red Bull : Bachelot voit rouge !
Après treize ans d’interdiction en France, le ministère de l’Economie a donné en mai dernier son feu vert à la commercialisation de Red Bull, une boisson « énergisante » qui contient de la caféine et de la taurine, un dérivé d’acide aminé dont les effets sont mal connus. Selon la ministre de la Santé, qui s’était prononcée contre cette mise sur le marché, non seulement ce produit ne présente aucun intérêt en termes énergétiques et nutritionnels, mais il représenterait aussi de véritables risques de plus des dangers importants*. Roselyne Bachelot a d’ailleurs conseillé aux parents de boycotter la boisson suspectée par mesure de précaution. Elle a également fait savoir qu’elle interdirait celle-ci dès que des preuves de sa nocivité seraient apportées. Pour l’heure, et malgré son placement sous haute surveillance, Red Bull fait un tabac.
* Suspicions de décès en Suède et en Irlande et cas de neurotoxicités.
Une loi plus dure contre les trafics
Le projet de loi proposé par le secrétaire d’Etat aux Sports Bernard Laporte et nouvellement adopté par les députés, prévoit une peine maximale de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende lorsqu’il s’agit de détention et de trafic. La peine est portée à sept ans de prison et 150 000 euros d’amende lorsque les faits sont commis en bande organisée ou sur un mineur. Elle est ramenée à un an de prison et 3 750 euros d’amende dans le cas d’une infraction commise par un sportif en vue de son usage personnel (toutes les formes de détention médicalement justifiée ne feront pas l’objet de sanctions). Ce nouveau texte qui doit passer au Sénat doit permettre à la France d’harmoniser son dispositif législatif avec le Code mondial antidopage et de mieux lutter contre les trafics.