n°1203 septembre 2008
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Santé Recherche Sida : la grande panne
Longtemps menée tambour battant, la recherche contre le sida marque le pas sur fond de recul de l'infection dans le monde. Car le virus a plus d'un tour dans son sac.
Une fois n'est pas coutume, la conférence mondiale sur le sida qui s'est déroulée à Mexico pendant l'été s'est clôturée sur une bonne nouvelle : la maladie marque le pas au niveau mondial à la fois en termes de prévalence et de nouvelles infections. Et pourtant, tout n'est pas rose : deux géants de la pharmacie - Merck et Roche - ont coup sur coup abandonné leurs programmes de recherche, même si leurs médicaments restent distribués à travers le monde. Et la mobilisation d'autres laboratoires, comme Pfizer – Dans les années à venir, beaucoup de séropositifs mourront certainement avec le sida et non plus du Sida
l'Américain vient de sortir le Selzentry, un tout nouvel inhibiteur CCR5 – ressemble à un trompe-l'oeil : le leader mondial ne possède plus de traitement anti-sida dans son pipeline, ce qui signifie zéro nouveauté « maison» dans les dix ans à venir. Celui de Merck semble un peu plus fourni mais rien d'imminent, après que le laboratoire a abandonné son candidat-vaccin en 2007… Rentabilité en baisse, pression des génériques, « Big pharma » y regarde maintenant à deux fois avant d'investir. Les systèmes de santé des pays les plus solvables ont réussi à juguler la propagation du VIH sur leur territoire par une prévention efficace, du coup les priorités des labos changent : ils misent dorénavant tout sur les cancers ou les hépatites.

Trêve thérapeutique

Après trente ans de pandémie et quatre générations d'antirétroviraux, les trithérapies apportent un repos relatif aux patients et les génériques sont de plus en plus largement distribués. La bataille rangée tourne à la guerre de position… le VIH, lui, est toujours là. Dans les années à venir, beaucoup de séropositifs mourront certainement avec le sida, et non plus du sida. Toujours latent chez les patients traités par trithérapie où la charge virale est pratiquement nulle malgré les résistances qui commencent à se disséminer, il attend son heure. Heureusement, on connaît maintenant sa tanière : même au bout de plusieurs dizaines d'années les ganglions intestinaux, entre autres, lui servent de sanctuaire. « Le virus est intelligent, il créé les conditions de sa persistance », analyse Jérôme Estaquier, à la tête de l'équipe de chercheurs de l'Inserm qui ont fait cette découverte chez le singe. Pas facile de le débusquer dans ces ganglions où l'immunité accède peu, bardés de pompes dites PGP qui évacuent fissa tous les principes actifs vers l'extérieur… La planque parfaite. Sans raisons apparentes, le virus en envahit certains et pas d'autres : il faudrait d'autres approches pharmacologiques pour l'éradiquer. Définitivement, cette fois. « Nous avons compris tous les mécanismes, reste une question : comment le faire sortir de son sanctuaire ? », conclut Jérôme Estaquier. Immunothérapie, vaccinologie et même thérapie génique, les pistes ne manquent pas. Et les fonds ?

Laurent Simon
Photo Miguel Medina
Image
Des virions VIH-1 s'échappant d'un lymphocyte en culture.