Bien qu’elle n’ait toujours pas été éliminée, la rougeole a très largement reculé entre les années 1980 et aujourd’hui grâce à la vaccination. En France, c’est la recommandation de vaccination de tous les nourrissons contre la rougeole et la rubéole en 1983 (enrichie des oreillons trois ans plus tard), puis la mise en place d’une 2e dose vaccinale à partir de 1996 et enfin de la prise en charge à 100 % jusqu’à 13 ans à compter de 1999 qui ont changé la donne. L’incidence est ainsi passée d’environ 300 000 cas par an au milieu des années 1980 à 4 448 en 2004. Malgré plusieurs pics épidémiques, notre pays ne dépassait pas les 3 000 cas annuels en 2019. Puis la pandémie de Covid est passée par là, imposant confinement et mesures barrières et faisant régresser nombre d’infections. C’est ainsi qu’en 2021 et 2022, le pays n’a compté respectivement que 15 et 16 cas.
Recrudescence
Hélas, la maladie voit son incidence repartir à la hausse depuis 2023 (117 cas), même si celle-ci reste bien en-deçà des niveaux antérieurs à la crise sanitaire. En 2024, ce sont ainsi 483 cas qui ont été déclarés (aucun décès), puis 873 en 2025 (4 décès). Pourtant théoriquement éradicable par la vaccination, la rougeole a pour principal défaut d’être particulièrement contagieuse. Sans mesure de prévention, un malade peut contaminer 20 personnes, que ce soit par voie respiratoire (toux, éternuments) ou par contact direct. Or, il n’existe aucun traitement spécifique. C’est pourquoi la vaccination reste la meilleure planche de salut, non seulement pour se protéger mais aussi pour protéger ceux qui ne peuvent recevoir de vaccins : les enfants de moins de 1 an, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. L’éradication de la rougeole reste l’objectif à atteindre. Selon l’OMS, pour y parvenir, la France doit atteindre une couverture vaccinale de 95 % de sa population, soit 10 points de plus qu’actuellement.
Situation internationale
Ce bilan annuel de l’agence Santé publique France, et dont les chiffres ont encore besoin d’être consolidés, doit être analysé au regard de la situation internationale, marquée par une recrudescence d’épidémies de rougeole ces dernières années. L’OMS s’est ainsi fendue d’une alerte en mars 2025, pointant un doublement du nombre de cas en 2024 dans la région européenne avec 127 350 contaminations, un record qui n’avait pas été atteint depuis 25 ans… Une augmentation qui touche toutes les régions du monde, à l’exception notable de l’Afrique, grâce à l’extension de la couverture vaccinale. Plus récemment, ce sont vers les Etats-Unis que les regards se sont tournés. Le pays connaît actuellement la pire épidémie des trente dernières années avec plus de 2200 cas recensés et trois décès au 21 janvier alors que la flambée se répand comme une trainée de poudre dans les écoles et les campus. Pourtant, en 2000, l’OMS avait reconnu l’élimination de la maladie sur le territoire américain. Mais en 20 ans, la couverture vaccinale s’est effritée, plus que jamais mise à mal aujourd’hui par l’arrivée au gouvernement de plusieurs vaccinosceptiques, notamment le secrétaire à la Santé Robert Kennedy Jr.
Complications
Pour l’heure, la mortalité due à la rougeole continue à refluer malgré l’augmentation du nombre de cas. L’OMS l’explique par le fait que les récentes vagues épidémiques ont touché des pays « où les enfants risquent moins de mourir grâce à une meilleure nutrition et à un meilleur accès aux soins ». Néanmoins, ajoute l’organisation, « on estime que 95 000 personnes, dont la plupart sont des enfants de moins de 5 ans, sont décédées de la rougeole en 2024 ; bien que ce soit l’un des meilleurs bilans annuels depuis 2000, chaque décès dû à une maladie évitable grâce à un vaccin très efficace et peu coûteux est inacceptable ». Et celle-ci d’ajouter : « Les personnes infectées restent exposées à des complications graves dont les conséquences sont définitives, telles que la cécité, la pneumonie et l’encéphalite. »
Surveiller les symptômes
Une seule solution donc : la vaccination. C’est dans ce cadre que l’Agence régionale de santé (ARS) d’Auvergne-Rhône-Alpes a diffusé une alerte le 20 janvier dernier, après le signalement de deux cas de rougeole chez de jeunes adultes ayant séjourné à Val-Thorens. Habitants, saisonniers et touristes sont invités à vérifier leur statut vaccinal et à se faire vacciner le cas échéant. Ils doivent également surveiller l’apparition de symptômes (fièvre, toux, écoulement du nez, yeux rouges et larmoyants, fatigue générale, éruption cutanée) qui, dans ce cas, doit conduire à respecter les gestes barrières (masque, isolement) et à consulter un médecin.