L’Académie de pharmacie a emboîté le pas au législateur français début janvier en s’exprimant à son tour sur les risques sanitaires liés aux usages de protoxyde d’azote. Sa prise de position intervient alors qu’une proposition de loi visant à interdire la vente du protoxyde d’azote au grand public et à le réserver aux seuls professionnels de santé, a été adoptée en début d’année 2025 à l’Assemblée nationale. Elle doit être examinée au Sénat le 26 février prochain. Les autorités sanitaires alertent quant à elles régulièrement sur les risques graves encourus par la santé.
Engouement pour ce produit
Le protoxyde d’azote est un gaz (N2O), également appelé « gaz hilarant », est utilisé à la fois comme gaz propulseur d’aérosol pour un usage alimentaire (par exemple la chantilly), et dans un cadre médical, par inhalation, pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques (anti-douleur). Détourné de ces usages premiers, il est consommé par des personnes à la recherche d’effets euphorisants immédiats, et ce type d’usage n’a cessé de croître ces dernières années. Les données de surveillance montrent par ailleurs une augmentation des intoxications, et des accidents de la route, parfois mortels.
Pour l’Académie de pharmacie, la disponibilité du protoxyde d’azote sous forme de cartouches alimentaires, son faible coût, ainsi que sa diffusion via des circuits non spécialisés, favorisent l’augmentation des cas d’usages récréatifs, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes, et ce malgré l’interdiction de la vente aux mineurs établie en 2021. L’Académie estime en outre que la banalisation de son usage est « entretenue par la perception erronée d’un produit "festif" ou supposé "sans danger" ».
Complications irréversibles
Les risques sanitaires associés à ces usages sont pourtant bien documentés aujourd’hui, rappelle l’Académie, qui relève qu’« aucun seuil d’innocuité n’a été identifié pour un usage récréatif ». Il est notamment établi que l’inhalation du protoxyde d’azote neutralise l’action de la vitamine B12, ce qui peut créer des complications neurologiques parfois irréversibles ou des troubles psychiatriques. Mais son usage est aussi susceptible d’entraîner des anomalies hématologiques (relatives aux cellules du sang), thrombo-emboliques (caillot dans les veines ou les artères des poumons), ou des épisodes d’hypoxie (diminution de l’oxygène dans le sang) et une dépendance psychologique. Il expose par ailleurs les femmes en âge de procréer à des risques tératogènes (c’est-à-dire des malformations de l’embryon) et foeto-toxiques. Sans compter qu’il est aussi un puissant gaz à effet de serre contribuant au réchauffement climatique, observe l’Académie.
Aussi l'instance salue-t-elle le récent durcissement du cadre législatif français restreignant la vente de ce gaz aux seuls professionnels. Dans l’attente de sa mise en application complète, elle réclame que les professionnels de santé, notamment les pharmaciens, soient mieux formés à repérer les signes d’une consommation chronique ou excessive chez un patient. Elle insiste aussi sur une meilleure information des publics jeunes quant aux risques sanitaires de tels usages. Pour ce faire, elle réclame en particulier que l’expression « gaz hilarant », une terminologie qu’elle juge « banalisante », soit abandonnée, ou que le protoxyde d’azote soit clairement intégré dans les programmes de prévention portant sur les comportements addictifs.