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Réseaux sociaux : prévenir les risques chez les jeunes

Réseaux sociaux : prévenir les risques chez les je
A l’issue d’une vaste expertise menée par un groupe pluridisciplinaire, l’Anses émet des recommandations pour sécuriser l’utilisation des réseaux sociaux par les adolescents.

Entre deux et cinq heures par jour. C’est le temps passé sur un smartphone par plus d’un adolescent sur deux en 2025, le plus souvent pour se connecter aux réseaux sociaux. Partant de ce constat, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a diligenté un groupe d’experts pluridisciplinaires (épidémiologistes, biologistes, pédopsychiatres, psychologues, chercheurs en science de l’information et de la communication) pour mettre en lumière les effets potentiels d’un tel usage chez les 12-17 ans et aider les pouvoirs publics à prendre des mesures appropriées.

Captation de l'attention

Rappelant que les réseaux sociaux ont pour objectif de « maximiser le temps d’utilisation à des fins commerciales », les chercheurs mettent en évidence « des stratégies de captation de l’attention visant à maintenir l’engagement des utilisateurs le plus longtemps possible ». Pour y parvenir, ils exploitent notamment « les besoins propres à l’adolescence en matière d’interactions et comparaisons sociales, de sensations et prise de risques, ainsi que de recherche de reconnaissance de leurs pairs ». Des pratiques qui ne sont pas sans conséquence sur la santé des jeunes utilisateurs. Dans ce contexte, l’Anses a émis mi-janvier une série de recommandations destinées aux pouvoirs publics afin de limiter les usages à risque. Elle ne préconise pas d’interdiction aux mineurs mais plutôt de mieux sécuriser l’environnement numérique, en faisant en sorte que les réseaux sociaux ne soient accessibles aux mineurs qu’à la condition qu’ils soient conçus et paramétrés pour protéger leur santé.

Accroissement de multiples risques

Car les conclusions des experts sont sans appel : ils identifient de nombreux effets négatifs préoccupants, en particulier dans le champ de la santé mentale. Selon l’Anses, « si les usages des réseaux sociaux ne peuvent à eux seuls expliquer la détérioration de la santé mentale des adolescents, ils agissent comme une caisse de résonance inédite de certaines dynamiques sociales ». Les résultats confirment ainsi que l'utilisation des réseaux sociaux chez les adolescents entraîne un risque accru de développer des troubles du sommeil et anxiodépressifs, ainsi qu’une « altération de l'image de son corps ».
Elle accroît également l’exposition à des « conduites à risques » en « normalisant » les consommations d'alcool, de drogues ou de tabac, ou en « diffusant les participations à des challenges dangereux ». Ceci s’explique par le fait que « les réseaux sociaux numériques reposent sur des stratégies qui exploitent la vulnérabilité des adolescents, leur besoin d'interactions sociales et leur recherche de sensations ». Ainsi, les jeunes présentant des facteurs de fragilités en santé mentale préexistants seraient plus enclins à se réfugier sur les réseaux sociaux. « Les algorithmes vont détecter ces fragilités et les enfermer dans une spirale […] venant les renforcer », souligne Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l’expertise.
Les filles seraient par ailleurs plus impactées que les garçons. Selon les chercheurs, non seulement ce sont de plus grandes utilisatrices des réseaux sociaux, mais elles se dirigent aussi davantage vers des contenus axés sur la représentation de soi alors même qu’elles sont particulièrement sujettes à la « pression sociale liée aux stéréotypes de genre ». Elles présentent également plus de risques d’être victimes de cyberharcèlement.

Responsabilité des plateformes…

Concrètement, l’Anses recommande donc que « seuls les réseaux sociaux numériques respectant un cahier des charges adapté » soient accessibles aux mineurs. Selon elle, « les plateformes numériques doivent mettre en œuvre la limite d’âge prévue par le règlement général sur la protection des données (RGPD) pour éviter un accès aux réseaux au moins de 13 ans, avec des systèmes fiables de vérification de l’âge et de recueil du consentement parental ». Cela implique, selon l’Anses, « une révision en profondeur des principes de fonctionnement des réseaux sociaux », qui exclut toute technique manipulatrice et interdit  la diffusion de contenus violents, pornographiques, haineux, harcelant, ou portant sur des conduites à risques, des jeux d’argent, des régimes alimentaires extrêmes. Il relève de la responsabilité des plateformes de « garantir des services de réseaux sociaux qui préservent la santé des utilisateurs mineurs », estime-t-elle.

… et des pouvoirs publics

Encore faut-il que les actions de contrôle soient suffisamment « robustes », remarque-t-elle en s’adressant ensuite aux pouvoirs publics. Elle appelle à la mise en place d’un « cadre de gouvernance des réseaux sociaux à la hauteur des enjeux de santé publique », et à ce que des mesures soient imposées afin que le fonctionnement des réseaux sociaux prenne en compte la santé de leurs utilisateurs. L’Anses souligne enfin l’importance des politiques en faveur de l’éducation au numérique, y compris à l’école, et de l’accompagnement parental. Ces politiques seront « d’autant plus efficaces que les adolescents seront impliqués dans leur élaboration », relève-t-elle. Enfin, elle demande un soutien pour les projets de recherche ayant trait aux réseaux sociaux numériques.

Vers une interdiction aux moins de 15 ans ?

Cette prise de position de l’Anses intervient dans un contexte de préoccupation croissante quant aux conséquences délétères de ces réseaux pour les jeunes. Diverses publications scientifiques parues courant 2025 ont déjà alerté sur leurs possibles effets néfastes, cristallisés autour du cas de TikTok, qui n’est qu’une partie émergée du problème. Emmanuel Macron a fait de l’interdiction des réseaux aux moins de 15 ans l’une de ses priorités, à l’instar de ce qui se fait par exemple en Australie. Une proposition de loi rédigée en ce sens a été adoptée le 15 janvier à l’Assemblée nationale par la commission des affaires culturelles et de l’éducation, avant d’être examinée en séance publique fin janvier.

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