Sans surprise, des sept métiers de la pharmacie, ceux de l’officine sont les plus exposés aux violences. Selon le dernier bilan annuel sur la sécurité, publié le 4 juin par le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop), en 2025, 451 agressions déclarées sur 468 se sont déroulées dans une pharmacie de ville, soit en moyenne plus d’une par jour. Les régions Île-de-France, Auvergne- Rhône-Alpes et Hauts-de France ont été les plus touchées. Le plus souvent, ces incidents résultent d’un refus de délivrance. Ils peuvent également être liés à l’impatience de l’agresseur, ou encore à des difficultés dans la dispensation de stupéfiants ou produits assimilés.
De jour plus que de nuit
L’an dernier, les atteintes exclusives aux personnes (injures, diffamation, harcèlement, manque de respect, menaces de mort, agressions physiques) représentaient 70,6 % des déclarations. Elles étaient associées à une atteinte aux biens (vol, dégradation de matériel) dans 13,3 % des cas. L’agresseur était muni d’une arme blanche (couteau, seringue) dans 10 cas, d’une arme à feu (3 cas) ou d’un autre type d’arme (4 cas). Plus de 4 agressions sur 5 ont eu lieu pendant les horaires d’ouverture. Enfin, la quasi-totalité des victimes d’agressions ont fait état de conséquences psychologiques. Mais la majorité d’entre elles ont indiqué que les suites n’avaient pas nécessité d’hospitalisation. Dans 3,9 % des cas cependant, la victime a bénéficié d’un arrêt de travail.
Sensibilisation tous azimuts
Si le nombre total de déclarations est, cette année, en diminution (- 12 % par rapport à 2024), il s’agit en réalité d’« une baisse en trompe-l’œil, car sur le terrain, sans s’être dégradée, la situation ne s’est pas non plus améliorée », commente Gildas Bernier, référent sécurité nationale pour le Cnop. Ce fléchissement témoigne plutôt d’une lassitude des pharmaciens face à des agressions répétées, sans certitude que les démarches qu’ils entreprennent auprès des forces de l’ordre ou des représentants de la profession aient un réel impact. « Certains pensent, et on peut l’entendre, que cela ne va servir à rien », regrette Gildas Bernier. Or de ces démarches (déclaration à l’Ordre, dépôt de plainte) sont tirées des données qui permettent une sensibilisation du grand public à la réalité quotidienne des soignants. C’est ainsi que les médias locaux comme nationaux, se font régulièrement l’écho ces dernières années des agressions contre les officinaux. Cette année encore, le sujet a notamment fait l’objet d’un reportage diffusé au journal télévisé de 20 heures de France 2 le 14 juin.
Retombées législatives
En outre, de ces données remontant du terrain sont établies des statistiques qui constituent ensuite des éléments factuels sur lesquels l’Ordre des pharmaciens peut s’appuyer lors de ses discussions avec les pouvoirs publics. C’est ainsi qu’est née la loi du 9 juillet 2025 « visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé », sous l’impulsion de l’Ordre, en collaboration avec la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France. Elle a permis l’aggravation des peines encourues pour les violences commises contre les professionnels de santé, dont les équipes officinales, ainsi que la création d’un « délit d’outrage aux professionnels de santé et aux personnels qui les assistent ». Cette nouvelle loi a également ouvert la possibilité aux pharmaciens libéraux de déclarer leur adresse professionnelle comme domicile lors d’un dépôt de plainte, afin de contribuer à leur sécurité.