Il y a ceux qui sont réglés comme du papier à musique et se mettent à table à heures fixes, quelles que soient les circonstances. Et puis il y a les autres, qui composent en fonction de la situation, souvent sous la contrainte d’obligations professionnelles qui créent un décalage entre les heures de prise alimentaire en semaine et le week-end. Et ce n’est pas sans conséquence pour leur santé, comme le révèlent les résultats d’une étude française menée par des équipes de l’Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement), de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), du Cnam (Conservatoire national des arts et métiers), et des universités Sorbonne Paris Nord et Paris Cité.
Méthodologie
Les scientifiques ont étudié les données de plus de 100 000 participants à l’étude NutriNet-Santé (il s’agit d’une enquête publique lancée en France en 2009, auprès de volontaires appelés nutrinautes, qui analyse les relations entre alimentation, mode de vie et santé) sur quatorze ans pour établir un éventuel lien entre le jetlag alimentaire, soit le fait de ne pas manger aux mêmes heures durant les jours de travail et ceux dévolus au repos, et le risque de développer des maladies cardiovasculaires. D’autres facteurs comme l’âge, la catégorie socioprofessionnelle, le tabac, l’alcool, le niveau d’activité physique, la qualité de l’alimentation ou encore la durée du sommeil ont été intégrés pour écarter un maximum de biais. Le jetlag a été étudié selon trois catégories : avance (les heures de prise alimentaire sont plus précoces le week-end que pendant la semaine), retard (l’inverse du précédent) et maintien (les heures de prise sont identiques).
Les hommes, mais pas les femmes
Les résultats montrent ainsi que chaque heure supplémentaire de jetlag alimentaire, quelle que soit sa direction, est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires de 14 % en moyenne et de 21 % en moyenne pour les maladies coronariennes (qui sont un type particulier de maladies cardiovasculaires). Mais, fait saillant, ces données se vérifient uniquement chez les hommes. Pour expliquer cela, les scientifiques avancent des hypothèses comme les différences physiques, morphologiques ou physiologiques entre hommes et femmes, le risque absolu de maladies cardiovasculaires moins élevé chez les femmes, ou encore des modes de vie et des situations socioprofessionnelles différents.