L’idée est loin d’être nouvelle et agite régulièrement le monde de la pharmacie d’officine. Dispenser les médicaments à l’unité en France, à l’instar d’autre pays qui ont déjà fait ce choix depuis longtemps, est en effet une proposition qui refait surface à peu près tous les ans, lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Les tenants de cette évolution mettent en avant plusieurs avantages dont font partie la lutte contre le gaspillage ou encore une meilleure observance de la part des patients.
De nombreux arguments contre
Si l’idée peut, sur le papier, sembler pertinente, elle ne l’est absolument pas pour les professionnels du médicament que sont les industriels et les pharmaciens, et cela pour diverses raisons liées au système français. D’abord parce que les pays qui ont adopté la dispensation à l’unité (DAU) pratiquent en effet des prix du médicament plus élevés que chez nous et ont un système d’assurance maladie plus inégalitaire que le nôtre. Dans leur cas, cette mesure permet donc de réduire le coût des traitements. Par ailleurs, alertent depuis longtemps les pharmaciens, le fait de devoir déconditionner les emballages (ouvrir les boîtes pour en extraire le nombre exact de pilules ou de gélules) constitue un risque évident pour la traçabilité des médicaments et donc la sécurité des patients. Enfin l’argument écologique ne tient guère puisqu’à chaque DAU il faudra fournir la notice obligatoire, ajoutant à cela une tâche chronophage de plus au dispensateur.
Élargir plutôt les prérogatives du pharmacien
Dans un rapport extrêmement détaillé paru en novembre, la Cour des comptes arrive quasiment aux mêmes conclusions. Pour elle, « les risques sur les plans organisationnels, financiers et humains d’une mutation du régime de délivrance à la boîte, en vigueur en France, vers un régime général de délivrance à l’unité sont élevés au regard des gains pouvant en être attendus ». Si l’instance n’écarte pas totalement la possibilité de la DAU dans certaines « situations où elle est la plus nécessaire », elle remarque que cela impliquera « que la tarification à la boîte soit complétée par la fixation d’un tarif de la dose à l’unité, par spécialité susceptible d’en être l’objet ». Mais la Cour préconise surtout un élargissement des missions des pharmaciens qui « pourrait leur permettre de limiter les quantités délivrées à un patient au démarrage d’un traitement chronique ». Elle estime en outre que les officinaux devraient avoir l’autorisation de « pouvoir juger de l’opportunité de délivrer une nouvelle boîte d’un médicament prescrit avec la mention "En cas de besoin" (comme les antalgiques) en fonction de sa consommation effective par le patient, lors du renouvellement du traitement ».