Conformément aux préconisations de la Haute autorité de santé en 2024, aux demandes des médecins libéraux, et aux promesses de Yannick Neuder il y a un an lorsqu’il était ministre de la Santé, le dépistage du cadmium devrait être autorisé en laboratoire de ville – et pris en charge par l’Assurance maladie – comme il l’est déjà à l’hôpital, dans les prochains mois.
Imprégnation en augmentation
Le cadmium est un métal lourd toxique, dont l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) se préoccupe depuis une quinzaine d’années. À la suite d’une expertise qu’elle a mené fin mars, elle a lancé une alerte, estimant qu’une partie de la population hexagonale, et notamment les enfants, étaient surexposés à cette substance via l’alimentation. Ce métal est reconnu depuis 2012 comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Y être exposé de façon prolongée par voie orale augmente le risque de souffrir de néphropathies, d’atteintes osseuses, de maladies cardiovasculaires ainsi que de cancers du rein, du poumon, de la prostate, du sein et du pancréas. Le cadmium pourrait également être associé à des troubles cognitifs.
Cette substance est naturellement présente dans l’environnement. Mais la contamination des sols est renforcée par les activités industrielles et le recours aux engrais minéraux phosphatés pour les activités agricoles. Il pénètre facilement dans les végétaux par leurs racines et contamine ensuite la chaîne alimentaire, principale voie d’exposition humaine. Or, il s’agit d’un élément bioaccumulable : il possède une demi-vie dans l’organisme comprise entre dix et trente ans. Les Français doivent-ils alors tous se précipiter dans les laboratoires dès que le remboursement du dépistage sera effectif ?
Exposition variable
Pour Olivier Laprévote, professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH), enseignant en toxicologie et chef d’équipe d’une unité de recherche CNRS de la faculté de pharmacie Paris Cité, il faut raison garder. « Cela fait quarante ans que l’on connaît les effets néphrotoxiques du cadmium. L’imprégnation se fait de façon régulière tout au long de la vie. Mais il n’y a pas, selon moi, de “bombe sanitaire”, contrairement à ce que certains médecins libéraux ont pu dire l’an dernier », tempère le spécialiste qui a contribué à la réalisation du rapport de l’Anses en tant que membre expert. Tenant à rassurer les patients, le toxicologue ajoute : « Même si l’on mange tous les mêmes Chocapic au petit déjeuner, tout le monde n’est pas exposé au même titre. Les risques ont été cartographiés par l’Anses. Ils concernent plus spécifiquement les personnes habitant sur ou à proximité immédiate d’anciens sites industriels, à la périphérie des villes, ou dans des régions à très fort usage d’engrais ».
De fait, selon l’accord entre l’Assurance maladie et les syndicats de biologistes, le dépistage en laboratoire ne concernera que les « personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence ». Olivier Laprévote rappelle en outre l’aspect statistique de la problématique : « On sait que l’on augmente le risque d’atteinte rénale lorsque l’on dépasse la dose de 1 μg dans les urines. Mais cela reste un risque à l’échelle de la population, une moyenne statistique entre des millions d’individus. » Et de souligner que « si l’on prend le cas du cadmium, mais cela est vrai de l’exposition à n’importe quel autre toxique, médicament ou substance, deux personnes exposées aux mêmes niveaux de concentration ne vont pas forcément subir de façon mécanique les mêmes effets physiologiques et pathologiques ».
Aliments contaminés
Aussi conseille-t-il, pour rester en dessous des valeurs de référence, de varier son alimentation et ses sources d’approvisionnement. Cette approche rejoint celle prônée par l’Anses. Elle recommande de limiter la consommation de produits sucrés et salés à base de blé, tels que les céréales du petit déjeuner, les pains et produits de panification, les gâteaux et biscuits, pâtisseries et viennoiseries, pâtes, mais aussi pommes de terre et riz. S’ils ne sont pas les aliments à la teneur la plus élevée en cadmium, ce sont bien ceux qui contribuent le plus à l’apport global puisqu’ils sont consommés en plus grande quantité et plus fréquemment.
Pour alterner les sources de féculents, Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise et cheffe de projet au sein de l’unité d’évaluation des risques liés aux aliments de l’Anses, suggère « d’introduire plus de légumineuses ». La vigilance est également de mise avec les crustacés, les mollusques, les abats ou encore le chocolat. Si les efforts individuels peuvent limiter les apports en cadmium via l’alimentation, la réduction de l’exposition à cette substance passera avant tout par des actions collectives sur les sources de contamination, notamment les sols agricoles.
Nota Bene : Le seuil de référence du cadmium dans les urines a été fixe par l’Anses à 0,5 μg par gramme de créatinine. Cela correspond à une dose journalière tolérable (DJT) de 0,35 μg par kilogramme de poids corporel. Ce seuil a été établi en 2019 sur la base des seuls effets de ce métal lourd sur les os, pour un adulte non-fumeur (le tabac est un facteur supplémentaire d’exposition) de 60 ans.