Les médecines complémentaires et alternatives (appelées MCA) se développent, les plus connues étant probablement la phytothérapie et l’acupuncture. La liste est longue : plus de 400 pratiques sont recensées par l’Organisation mondiale de la santé. Et de nouvelles émergent sans cesse… Si certaines méthodes ont prouvé leur efficacité dans des indications précises, comme l’hypnose contre la douleur ou la méditation pour calmer l’anxiété, d’autres n’ont jamais pu démontrer leur intérêt par des preuves scientifiques solides. Elles ne devraient donc pas être recommandées.
Des statistiques à considérer
Publiée en mars 2026, une recherche menée auprès de plus de 2 millions d’Américaines atteintes d’un cancer du sein confirmait, sans surprise, que le recours aux MCA au lieu d’une thérapie qu’on appelle conventionnelle, c’est-à-dire de la chimiothérapie, de la radiothérapie, de la chirurgie et/ou de l’hormonothérapie, réduisait très fortement le taux de survie des patientes. Ce résultat est évident mais il permet tout de même de confirmer par des chiffres cette certitude.
Au-delà, et de façon plus surprenante, les malades associant les MCA au traitement classique de leur cancer avaient, elles aussi, une survie moindre. Halte aux conclusions hâtives : les scientifiques précisent que cet excès de mortalité n’est pas directement lié à un effet négatif des MCA, mais qu’il s’agit plutôt du résultat d’une réduction des traitements conventionnels notamment non chirurgicaux ou d’un retard de leur mise en route chez ces malades sensibilisées aux médecines alternatives.
En 2018, une autre étude portant cette fois sur 2 millions de malades diagnostiqués pour l’un des quatre types de cancer les plus courants (sein, prostate, poumon, colorectal), avait déjà montré que ceux ayant eu recours à une MCA étaient plus susceptibles de refuser un traitement conventionnel et couraient ainsi un risque accru de décès.
Des interactions préoccupantes
Concernant spécifiquement la phytothérapie, des études montrent que 53 à 76 % des patients qui prennent ce genre de produits dérivés des plantes pendant leur période de soin pour leur cancer n’en parlent pas spontanément à leur oncologue. En effet, ils n’imaginent pas que les huiles essentielles conseillées par une coach « pour une bonne immunité » ou le cocktail de plantes suggéré par un vendeur de magasin bio « pour nettoyer le foie » peuvent avoir des effets problématiques. Or, combinés aux anticancéreux, oraux notamment, les extraits végétaux exposent à des risques de toxicité surajoutée ou de baisse d’efficacité du traitement contre le cancer. Le risque est d’autant plus concret que ces produits sont omniprésents à domicile, sachant que les ventes de compléments alimentaires explosent depuis plusieurs années.
Les études de cas dans la littérature scientifique ne manquent pas d’exemples dans lesquels on a pu trouver une explication à un manque d’efficacité du traitement ou à des effets indésirables beaucoup plus importants que prévus, ce qui oblige à baisser la doser de médicaments anticancéreux, donc contribue à une prise en charge moins efficace.
Des exemples précis
C’est ainsi que chez un patient dont la situation a été rapportée dans une publication scientifique, la posologie en traitement anticancéreux avait été doublée après plusieurs mois tant la pathologie continuait de progresser malgré des doses normales administrées. Or ce patient a souffert soudainement de lésions cutanées, qui apparaissent en cas de surdosage du médicament avec lequel il était traité. Son médecin a enquêté pour comprendre comment il avait pu se trouver soudainement en excès de dose alors que la posologie n’avait pas été modifiée. En interrogeant le patient, il s’est avéré que ce dernier avait arrêté un complément alimentaire qu’il prenait pour améliorer le retour veineux car il souffrait de jambes lourdes. Or le resvératrol, présent dans ces gélules de vigne rouge, en vente libre, est un inducteur du CYP1A, c’est-à-dire qu’il a une action sur un mécanisme biochimique qui participe à la dégradation du médicament prescrit pour traiter son cancer par le corps.
Le patient aurait pu éviter cet effet indésirable mais aussi une baisse de l’efficacité de son traitement au départ s’il avait évoqué avec son pharmacien ou son médecin la prise de ce complément alimentaire en apparence anodin. Il faudra également être très prudent avec le pamplemousse, le millepertuis, le curcuma, le desmodium mais aussi le chardon-marie, entre autres plantes.
Aucun complément alimentaire ne devrait être pris par un patient sans qu’il n’ait vérifié auparavant que cela ne posera pas de problème avec son traitement habituel. Une habitude simple à prendre, pour éviter des problèmes potentiellement graves.